Al-Qaïda: le retour des "spécialistes" PDF Imprimer Envoyer

--  Par Allain Jules  --

Allain Jules  - 27 juillet 2010 - C’est le grand rush pour las aoûtiens. J’étais juilletistes voyez-vous et par conséquent, il sera difficile de commettre le plus grand nombre d’articles c’est sûr. Quoique, avec la programmation, si on a la forme, il serait possible que la production ne prennent pas un coup.

Hier, nous parlions de ce qui allait arriver, après la mort tragique de Michel Germaneau. Eh bien, nous ne nous sommes pas trompés.

C’est ainsi. Le sempiternel discours sur Al Qaïda est revenu. Mais, personne n’explique réellement ce qui se passe sur le terrain. Tout le mois d’août, on va assister au soap opéra télévisuel de l’année.

Brice Hortefeux a ressorti le grand refrain de la France qui est menacée par le terrorisme. Tel autre journaliste intitule son émission «Al Qaïda, l’otage français exécuté» et invite Antoine Glaser, Frédéric Pons, Jean-Louis Bruguière, Roland Jacquard… etc.

Du grand, du trash, du hot, bref, du grand art, art du vide surtout. Ce qu’on entend depuis 2001 et les attentats du World Trade Center. A quelques exceptions près.

En effet, les spécialistes ne veulent pas rester en marge de la société, tout comme Al Qaïda qui serait sur le plan des NTIC, tip top comme le disent les djeun’s. Même dans le désert. Trop fort.

Mais, tout ce logos, avec une technique particulière, celle d’éluder le vrai sujet sur la responsabilité élyséenne dans ce fiasco retentissant: renseignements à l’emporte-pièce, amateurisme et tutti quanti.

D’ailleurs, on a vu l’exploitation honteuse de la mort de cet homme, Michel Germaneau, avec l’improvisation d’un hommage à Notre-Dame de Paris, hier, où ses amis n’ont pas été conviés mais ont plutôt été surpris par la nouvelle.


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«AQMI a besoin de publicité»

 Pour Jean-Pierre Filiu, spécialiste d'al-Qaida, l'exécution de Michel Germaneau est due aux pressions exercées par al-Qaida central, l'organisation d'Oussama Ben Laden.
 INTERVIEW - Par Georges Malbrunot

Le Figaro - 27 juillet 2010 -

LE FIGARO. - Pourquoi AQMI serait-elle sortie de sa logique de négocier ses otages ?

Jean-Pierre FILIU. - En raison des pressions exercées par al-Qaida central, l'organisation d'Oussama Ben Laden. Depuis deux mois, celle-ci peste contre les velléités de négociations d'otages occidentaux par al-Qaida au Maghreb islamique. Ben Laden pousse à des exécutions publicitaires, comme en Irak en 2004 et 2005.

L'an dernier, al-Qaida central avait obtenu gain de cause lors de la mise à mort de l'otage britannique Edwin Dyer, par le groupe d'Abou Zeid. On ne peut pas exclure que ce soit encore le cas avec Germaneau. D'où cet ultimatum très étrange lancé à la France, sans revendication précise, et sans aucun contact entre les ravisseurs et l'État français.

Quels sont les liens entre AQMI et al-Qaida central ?

Très rarement, des émissaires parviennent à se déplacer entre les deux théâtres d'opération. Les communications se font surtout par téléphone satellitaire et par validation de leur propagande sur Internet.

Quelles sont les priorités d'AQMI ?

D'abord sa survie. Pour se maintenir à flot, AQMI a besoin de publicité. D'où ses enlèvements d'Occidentaux, qui lui offrent un impact sur la durée, contrairement, par exemple, à l'assassinat des quatre touristes français en 2007 en Mauritanie.

Mais sur le plan opérationnel, AQMI est en difficulté. Elle voudrait ouvrir un front en Europe. Mais elle ne le peut plus, en raison de la coopération entre les services de renseignements des deux rives de la Méditerranée, et surtout parce que son message ne passe plus. AQMI se rabat sur le Sahara. Ses recrues sont de plus en plus africaines, mais sa chaîne de commandement reste entre les mains d'Algériens.

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