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«Le royaume a introduit de nombreux amendements dans les programmes religieux qui sont enseignés dans les écoles saoudiennes à l’étranger. Tous les programmes enseignés dans ces écoles seront complètement remaniés au cours des trois prochaines années», a annoncé le directeur général des programmes au ministère de l’Education et de l’Enseignement, M. Saleh Al-Chayeh, à l’issue de la 7ème réunion annuelle des directeurs des écoles et académies saoudiennes à l’étranger, qui s’est déroulée les 7 et 8 juillet à Djeddah. «Des pays ont exprimé des réserves au sujet de ces programmes, pour des raisons politiques ou sociales», a ajouté le responsable, sans préciser la nature de ces «réserves». Ainsi, le manuel d’«Al-Tawhid» («l’Unicité» d’Allah), conçu pour la 3ème année de l’enseignement secondaire, proclame que «l’appartenance à des doctrines fondées sur l’athéisme, comme le communisme, la laïcité, le capitalisme ou autres, est une apostasie (…). Les doctrines athées sont corrompues parce qu’elles sont basées sur le mensonge». Le manuel du «Hadith et de la Culture islamique», pour la 2ème année secondaire (Section Sciences théologiques et Arabe - Garçons) parle du «danger croisé» et évoque longuement les origines du conflit entre les musulmans et les chrétiens et les nouveaux procédés utilisés par ces derniers pour évangilier les premiers. Le chapitre sur «le mouvement sioniste» s’étale sur les fondements de la pensée sioniste, ses objectifs et les «méthodes destructrices utilisées» pour les atteindre. Le manuel de «Jurisprudence», pour la 1ère année de l’enseignement secondaire, parle de la sodomie, «punie par la mort», et du «hadd» (la peine prévue pour le vol et qui consiste à «amputer la main droite du violeur, au niveau de l’articulation du poignet». «Ali Al-Ahmed» mène campagne de Washington à Paris L’annonce de la révision des programmes scolaires a coïncidé avec une nouvelle campagne menée par l’opposant chiite saoudien Ali Al-Ahmed -- qui dirige depuis Washington un «Institut pour les affaires du Golfe», un think thank qui se dit indépendant – contre le régime saoudien, sunnite. Tirant profit de «la guerre contre le terrorisme», menée par Washington depuis les attentats du 11 septembre 2001 et qui ont placé l’Arabie saoudite sous les feux de la rampe (15 des 19 kamikazes étant des fondamentalistes saoudiens), Al-Ahmed a multiplié les campagnes contre l’establishment religieux, dont dépend en partie la légitimité du régime saoudien, dénonçant tour à tour ses «disciminations» contre les chiites et les femmes et sa mainmise sur le cursus scolaire du royaume. Il se fait régulièrement inviter par des médias internationaux, prend la parole dans des universités et «témoigne» devant des Organisations de défense des droits de l’Homme ou devant le Congrès américain. Début juillet, il co-organise avec d’autres opposants chiites basés à Londres une conférence sur les manuels scolaires saoudiens, avant de rencontrer des médias à Paris, pour «démontrer» que «ces livres incitent à la haine, appellent au meurtre et favorisent la violence et le terrorisme». Selon lui, «un tel enseignement, dispensé à des millions d'élèves, est contraire aux principes moraux et humanitaires. Il est en outre en contradiction avec les lois civiles et pénales» les pays d’accueil. Les prémices d’une purge … Or l’Arabie saoudite, pressée par Washington depuis septembre 2001 de nettoyer ses programmes, affirme avoir déjà entrepris ces dernières années des mesures pour réformer l’enseignement et que cette purge se poursuivrait, même si le régime ne peut pas se permettre de s’aliéner les conservateurs. Selon la presse américaine, une précédente promesse, faite en 2006 par Ryad au Département d'État, d’expurger les programmes scolaires de «tous les passages intolérants» dans les deux années suivantes, n’avait pas eu de suite. Mais cette fois, il semble que la purge de la haine et de ses adeptes a commencé. Primo, quelque 2.000 enseignants ont été licenciés ou appelés à assurer des fonctions administratives, au cours des deux dernières années, pour avoir transformé leurs cours en séances de «propagande pour les égarés», autrement dit les adeptes de l’idéologie d’Al-Qaïda, à en croire le ministère de l’Intérieur. Secundo, les directeurs des écoles sont désormais tenus de signaler (aux autorités compétentes) «toute pensée déviante» dans leurs établissements, rapportait récemment le quotidien «Al-Watan». Citant «des sources informées au ministère», le journal précisait que «les directeurs ont reçu, chacun, une circulaire leur enjoignant de consigner dans des rapports détaillés toutes les remarques sur n’importe quel cas d’extrémisme ou de non-allégeance à la patrie de la part d’un enseignant et/ou d’un élève». Ces rapports doivent être remis «sans délai» au ministère de tutelle. Tertio, estiment des analystes, la réforme du système éducatif cadre bien avec l’ouverture initiée par le roi Abdallah, notamment avec l’entrée, en février 2009, de la première femme (Mme Noura Al-Fayez, comme vice-ministre de l'Education pour les affaires des filles) au gouvernement, puis l’inauguration, quelques mois plus tard, de la première université mixte (la “King Abdullah University of Science and Technology” – «Kaust»), dans le royaume, un pays où la religion impose une stricte séparation des sexes. … au grand dam des « barbus » Cependant, des résistances d’oulémas récalcitrants du courant salafiste, qui considère l’école comme sa chasse gardée, ne manqueront pas de se manifester, comme ce fut le cas après l’inauguration de «Kaust». Ainsi, une trentaine d’extrémistes s’étaient rassemblés en juin dernier devant le ministère de l’Education et de l’Enseignement à Ryad pour protester contre «les activités de certains responsables du ministère, sous prétexte que celles-ci seraient contraires à la charia islamique », avait rapporté la presse. Ces extrémistes contestaient notamment la visite effectuée, quelques jours auparavant par Mme Al-Fayez à une école primaire de garçons dans la région d’Al-Zoulfi. Les protestataires ont jugé que cette visite était «un prélude à la volonté du ministère d’instaurer la mixité dans l’enseignement». Et un ténor du salafisme, cheikh Sulaiman Al-Douich, a voué aux gémonies Mme Fayez, pour avoir visité «une école de mâles» et pour «s’être assise entre des hommes». «Il s’agit là d’un agissement stupide et maladroit», vitupérait dans un long article publié sur internet le pourfendeur traditionnel des «mulets du libéralisme, les suppôts de l’Amérique». Cheikh Al-Douich voit dans la mixité «une sédition et un mal absolu». Quelques jours auparavant, un professeur de théologie, cheikh Youssef al-Ahmad, avait, lui, menacé de recourir à la justice contre le ministère de l'Education pour avoir décidé d’autoriser les institutrices à enseigner à des garçons dans les trois premières classes du primaire de l’enseignement privé, soit âgés de … moins de neuf ans. Comments (0)
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- Par Habib TRABELSI - 
