| «Al-Qaïda Magazine»: la manipulation dévoilée |
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Oumma - 9 juillet 2010 - Envie d’un petit gâteau au Mojito ? Grâce à Al-Qaïda, c’est possible. Le document présenté par les officiels américains et la presse internationale comme étant la brochure du groupe terroriste est en réalité un PDF corrompu dressant une liste de boulangeries américaines spécialisées. Après « Qui veut s’abonner à Al-Qaida Magazine ? », Oumma continue de dévoiler, en exclusivité, la recette d’une incroyable mystification. Lee Gillentine n’est pas un de ces experts patentés du terrorisme ou de l’islamisme. Mieux que cela : il est web designer et s’occupe plus généralement de développement sur Internet. Un jeune geek assumé, vivant à New-York et branché sur l’actualité internationale. Ainsi, lorsqu’il découvre le commentaire d’un internaute féru d’informatique -à la suite d’un article consacré au magazine imputé à Al-Qaïda- et selon lequel le document est suspicieux, Lee décide de vérifier et de faire partager, via Twitter, ses découvertes sur son blog. Surprise, surprise: hormis les 3 premières pages lisibles, les 64 autres pages saturées du PDF comportent, après décryptage, le nom du dossier originel tel qu’il fut enregistré dans l’ordinateur de l‘auteur - « C :\Users\m050\Desktop\ellenbca.pdf 29 June 2010 16:45 ». Une rapide recherche sur Internet permet de remonter la trace du document originel, un texte intitulé « Les meilleurs petits gâteaux en Amérique » et mis en ligne sur le site web de Main Street Cupcakes, entreprise basée dans la ville de Hudson, en Ohio. Le papier recommandant les meilleures productions de sucreries avait été initialement publié en 2007 sur le site d’AOL. Seule particularité de la fabrique de l‘Ohio: ses gâteaux ont été promus dans une célèbre émission de télévision aux Etats-Unis, The Ellen DeGeneres Show. La liste de ces boutiques culinaires spécialisées, parmi lesquelles figure Main Street Cupcakes, est celle établie, avant altération, dans le PDF utilisé pour les pages défectueuses du magazine d‘Al-Qaïda. Initié au langage informatique, notamment aux codages hex et ASCII, Lee Gillentine parvient rapidement à valider sa première intuition, en comparant la trame du texte du PDF avec celle du texte altéré figurant à la suite des 3 pages lisibles de la brochure pseudo-islamiste. Sa conclusion, sans appel, est aisément vérifiable par tous les experts informatiques : non seulement le magazine imputé à la mouvance terroriste basée au Yémen était délibérément incomplet à l’origine mais, surtout, il s’appuie sur la récupération d’un document américain prodiguant des conseils alimentaires. Si le webmagazine avait réellement été corrompu par des hackers anti-islamistes, comme certains l’ont supposé, rien n’empêchait Al-Qaïda de remettre en ligne une nouvelle version. A l’inverse, s’il s’agissait d’une opération psychologique frauduleuse élaborée par des services secrets, un camouflage plus efficace aurait été réalisé. Quoiqu’il en soit, l’auteur de l’intox ne manque pas d’humour: choisir d’utiliser un texte rédigé par un certain Dulcy Israel pour en faire le support occulte d’un tract terroriste ne manque pas de sel. Comment mener Le Monde en bateau A l’annonce de l’apparition du magazine sur Internet, la presse internationale, dans sa vaste majorité, a repris sans sourciller la position officielle du gouvernement américain selon laquelle le document est authentique. Forcément authentique. Et inquiétant, cela va de soi. En France, après avoir dupé Le Figaro et son auteur alarmiste, Georges Malbrunot, c’est au tour du Monde, mercredi, d’avoir été abusé. Comble du ridicule, un expert est convoqué à la barre: Mathieu Guidère, professeur français basé à Genève, anciennement à Saint-Cyr, et ex-collaborateur au ministère de la Défense. Une caution intellectuelle parfaitement appropriée pour cette mystification à la mode depuis le 11 septembre 2001, consistant à amplifier la sempiternelle menace de radicalisation qui planerait au-dessus des musulmans occidentaux. Curieusement, le chercheur est présenté, sans doute par confusion, comme étant l’un des rares à avoir eu accès à l’ensemble des 67 pages lisibles, alors qu’aucun autre analyste sur la planète n’a déclaré, nommément, avoir pu consulter de telles données. Seuls des officiels américains, sous couvert d’anonymat, et le groupe controversé SITE auront prétendu avoir analysé l’ensemble du PDF avant sa pseudo-corruption par un virus informatique. Le journaliste du Monde, Soren Seelow, précisa même que le spécialiste français interrogé aurait eu accès au document « en version intégrale sur des forums islamistes sécurisés » alors que la plupart de ces forums ont pourtant recommandé, par méfiance, de ne pas télécharger le PDF ou de ne lui accorder aucune publicité. A défaut de pouvoir, visiblement, nous décrypter ce magazine dans ses moindres détails, l’universitaire Mathieu Guidère, qui sort à la rentrée un énième livre sur la menace terroriste, se contente donc d’alimenter le fantasme ambiant, alignant généralités et autres clichés culturels. Ainsi, pour tenter de démontrer l’authenticité de l’article, indiqué uniquement dans la table des matières et intitulé « Faire une bombe dans la cuisine de sa maman », l’analyste élabore une explication particulièrement fumeuse: « La cuisine est indissociable de la figure de la mère dans la culture islamique. C’est un message positif: le candidat aura ainsi l’impression d’avoir tous les outils sous la main pour fabriquer sa bombe avec la bénédiction maternelle ». Qui veut encore, après cela, s’abonner au Monde ? *** Qui veut encore s’abonner à Al-Qaïda Magazine ? Oumma - 07 juillet 2010 - Intox. Un mystérieux document, consultable depuis une semaine sur Internet, est présenté comme la nouvelle publication médiatique du groupe Al-Qaïda. Rédigé en anglais, ce magazine en ligne serait destiné à radicaliser les musulmans occidentaux. Décryptage sur les tenants et aboutissants d’une grossière tentative de désinformation. Al-Qaïda ne connaît pas la crise. Mardi 29 juin, un périodique de 67 pages a été gracieusement mis en ligne. Son titre : Inspire. La couverture indique que le magazine serait publié, via le groupe media Al-Malahem, par « Al-Qaïda dans la pénisule arabique », l’organisation issue de la fusion des mouvances saoudienne et yéménite du réseau terroriste. S’adressant explicitement au « lectorat musulman anglophone dispersé de la Oumma », l’éditorialiste anonyme prétend vouloir, à la fois, lutter contre « la déconstruction moderne du Djihad » et faire du musulman « un djihadiste dans la voie d’Allah ». On y trouve également, en exclusivité mondiale, des « messages retranscrits » des fugitifs permanents du gotha terroriste : ainsi, Oussama Ben Laden aurait confié aux bons soins de la rédaction des journalistes djihadistes un texte intitulé « La manière de sauver la Terre » tandis que le numéro deux d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawhiri, se contente, plus sobrement, d’adresser son « message au peuple du Yémen ». Problème: le PDF est illisible. Seules les trois premières pages, comprenant la couverture, la table de matières et l’édito, sont visibles. Si l’hypothèse d’un virus informatique ayant corrompu le document n’est pas à exclure, certains informaticiens penchent plutôt pour l’explication d’une mise en ligne volontairement incomplète, dès l’origine, du magazine. American Pravda Présenté comme authentique par les autorités américaines, le document a dès lors été considéré comme fiable par la plupart des médias occidentaux: CNN, Fox News, le New York Times, le Washington Post, ainsi que, pour la France, le Figaro et Slate.fr, tous n’ont émis aucun doute, se contentant de rapporter la parole officielle, sans s’interroger sur la source originelle de l’information. Tout au plus, l’Associated Press évoqua l’identité du groupe d’experts, dénommé SITE, qui aurait repéré le document en circulation sur les forums djihadistes. Qu’est-ce que SITE ? Il s’agit d’une organisation, fondée en 2002 et se présentant comme un centre d’analyse de la menace terroriste islamiste. La structure est dirigée par Rita Katz, Américano-Israélienne d’origine irakienne, qui dit vouloir consacrer tout son temps à traquer les malfrats islamofascistes grâce à Internet. Son objectivité sur le sujet peut prêter à caution. Le père de cette analyste avait été condamné à mort par la justice irakienne pour espionnage au profit d’Israël. Par la suite, la jeune femme s’est exilée à Tel Aviv où elle a décidé de s’engager dans l’armée israélienne. Partie en 1997 aux Etats-Unis, elle se consacre depuis à décrypter la menace terroriste au moyen d’une veille permanente sur le web. En 2007, son groupe connut son heure de gloire pour avoir divulgué en premier une vidéo attribué à un étrange Ben Laden, la barbe teintée. C’est encore Rita Katz qui dévoila, au printemps dernier, une autre vidéo censée démontrer le lien entre la mouvance talibane du Pakistan et l’attentat manqué de Times Square. Proche des responsables du contre-terrorisme de l’administration Bush, Rita Katz continue aujourd’hui d’instrumentaliser la peur des islamistes, et celle des musulmans qui pourraient le devenir, par la mise en valeur de ce pseudo-magazine. Un article de ce périodique, intitulé « Comment faire une bombe dans la cuisine de sa maman », illustre pourtant, à lui seul, la farce de cette opération de propagande. Avis aux petits entrepreneurs: en temps de guerre, la désinformation, s’appuyant sur les autorités politiques et des médias peu scrupuleux, est un business florissant. Comments (0)
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-- Par Hicham Hamza --
