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| «La Suisse a raison de parler avec le Hamas» |
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| Jeudi, 01 Juillet 2010 13:19 |
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L’ancien conseiller de Bill Clinton vante la diplomatie suisse, qui multiplie les contacts avec Israël, l’Autorité palestinienne, mais aussi le mouvement islamiste. Robert Malley était de passage hier à Genève, pour une conférence dans le cadre du Festival du film et forum international sur les droits humains. Dans un français impeccable, celui qui fut le conseiller spécial de Bill Clinton pour le Proche-Orient vante la diplomatie suisse, qui multiplie les contacts avec Israël, l’Autorité palestinienne, mais aussi le mouvement islamiste. Après l’Initiative de Genève en 2003 (proposition d’accord israélo-palestinien), le «document suisse» en 2006 (pour une entente entre Fatah et Hamas), notre pays vient de faire des propositions pour permettre l’accès à la bande de Gaza et son développement économique, sans pour autant prétériter la sécurité d’Israël. Interview. Vous êtes très positif sur le rôle de notre pays. Mais l’Initiative de Genève n’a pas abouti. Le «document suisse» pour réconcilier les camps palestiniens a été écarté. Est-ce la bonne stratégie? L’expérience helvétique montre trois choses. D’abord, ce n’est pas par hasard que la Norvège et la Suisse parlent avec le Hamas. Il est plus facile, pour des pays qui n’appartiennent pas à un bloc, de prendre des initiatives. Ensuite, il est clair que celles-ci n’aboutissent pas forcément, mais elles peuvent aussi parfois aller très loin. Enfin, ça ne marche pas si la Suisse est seule. Il faut qu’un poids lourd appuie la démarche. C’est à Washington qu’ont été signés les accords d’Oslo. Mais ils n’auraient pas été possibles sans l’initiative et le long travail de préparation norvégien. De même, la Turquie a réussi à lancer des médiations là où d’autres avaient échoué. Du moins, avant l’épisode de la flottille… Etes-vous inquiet de voir cette Turquie devenir la championne du monde arabe? J’y vois un énorme potentiel. A la fois membre de l’OTAN et populaire dans le monde arabe, le pays est très bien placé pour proposer un processus de négociation. Le modèle de diplomatie turque se pose en alternative musulmane au modèle de confrontation iranienne. Le hic, depuis l’épisode de la flottille, c’est bien sûr que les relations sont tendues avec Israël. Mais elles ont toujours connu des hauts et des bas. A mon sens, la Turquie pourrait bel et bien faire la différence. Vous avez écrit que de créer un Etat palestinien ne garantira pas la paix. Ne croyez-vous pas à la solution des deux Etats? Si, bien sûr. Je ne vois pas de solution alternative. Les juifs n’accepteraient pas un Etat binational, qui va à l’encontre du concept fondateur d’Israël. A l’inverse, un système imposant une sorte d’apartheid aux Palestiniens n’est pas durable. Tôt ou tard, il faudra un Etat palestinien. Mais en soi, cela ne suffira pas à résoudre les problèmes. Si l’on aspire réellement à une paix, il va falloir trouver un moyen de négocier une réconciliation entre ces deux nations. Il faudra bien qu’Israël soit formellement reconnu par les Palestiniens. Et que ceux-ci obtiennent des Israéliens qu’ils admettent le tort fait aux réfugiés et qu’ils offrent une forme de réparation (qui ne soit pas le droit au retour). Depuis 17 ans, aucun processus politique n’a abouti. Il faut se demander pourquoi. A chaque fois, on prétend que les conditions n’étaient pas bonnes. Mais en réalité, que le président américain soit engagé ou en retrait, que son homologue palestinien soit militant ou pragmatique, que le gouvernement israélien soit plutôt à droite ou à gauche… cela n’a rien changé. Il est temps de s’attaquer à cette question, si difficile, de la réconciliation. Mais au fond, est-on sûr que le Hamas et le gouvernement israélien ont intérêt à la paix? Bien sûr que tout accord implique des sacrifices. Le statu quo est plus confortable. Mais c’est justement la responsabilité des autres acteurs que de tenter de créer des conditions nouvelles, dans lesquelles chacun verra des avantages à un changement. C’est bien ce qu’a tenté de faire, maladroitement, Barack Obama, en réclamant le gel de la colonisation. A priori, c’était une bonne idée. Mais l’opinion israélienne y a vu une démarche hostile. Or, on voit bien que la pression ne suffit pas. Les Etats-Unis ne peuvent pas simplement imposer une paix. Si l’on veut qu’elle tienne au moins une génération, il faut plutôt tenter d’initier en Israël un grand débat, franc et ouvert, sur l’avenir du pays. Mais en y associant aussi les colons et la droite religieuse. Le même débat, très large, est aussi nécessaire du côté palestinien, en incluant les réfugiés, la diaspora, les islamistes, le Hamas… Il faut parler avec le Hamas? Oui. Mais toute la question est de savoir qui et quand. Les Etats-Unis, maintenant, ce serait un dialogue de sourds. Donc irréaliste. Je suis favorable, par exemple, aux contacts actuels entre le Hamas et la Suisse. Washington, pour sa part, pourrait se déclarer neutre, a priori, au cas où un accord interpalestinien débouchait sur un gouvernement Fatah-Hamas. Pour l’instant, personne n’y trouve un intérêt, mais la donne pourrait peut-être changer si une Autorité palestinienne issue d’un tel accord n’était jugée que sur ses actes.
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Andrés Allemand - 
