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| «Flottille de la liberté»: des activistes quémandent le droit de manifester pacifiquement |
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PARIS, 6 juin 2010 - Alors que des manifestations pro-palestiniennes se poursuivaient dimanche à travers le monde contre l’attaque, le 31 mai à l’aube, par l’armée israélienne de la «flottille de la liberté» dans les eaux internationales, au large de la bande de Gaza, des dizaines d’activistes saoudiens ont prié le ministre de l’Intérieur de leur accorder le droit d’organiser un sit-in le 10 juin à Ryad: un vœu pieux dans ce royaume où le droit au rassemblement est interdit de facto. Cette requête est contenue dans un message signé par 47 militants de l’«Association pour les droits civiques et politiques», et posté au prince Nayef ben Abdel Aziz, également deuxième vice-président du Conseil des ministres. Le message, publié sur «Facebook», a été reproduit par plusieurs sites web. Un sit-in «pacifique et civilisé» Les signataires, dont une dizaine de femmes -- notamment des avocats, des ingénieurs, des universitaires, des écrivains et des hommes d’affaires – expriment le souhait d'avoir le droit de protester, de 16H00 à 18H00 locales dans une artère précise de la capitale, d’«une manière pacifique et civilisée», contre cet «acte flagrant de piraterie dans les eaux internationales» et aussi réclamer la levée du blocus imposé à Gaza. Mais cette requête semble être vouée à rester lettre morte, même si l’Arabie saoudite avait ratifié la Déclaration universelle des droits de l’Homme, dont l’article 20 stipule notamment que «toute personne a droit à la liberté de réunion et d’associations pacifiques». D’ailleurs, un fonctionnaire au cabinet du ministre a refusé samedi de réceptionner la demande que voulaient lui remettre cinq défenseurs des droits de l’Homme et coordinateurs du mouvement, sous prétexte que le ministre se trouvait à Djeddah. Les autorités saoudiennes répètent à l’envi que la loi en vigueur interdit les manifestations qui "suscitent le désordre et perturbent l’ordre public". Elles avertissent que les forces de sécurité s’opposeront à toute tentative d’organiser des marches ou des manifestations. Le royaume -- premier pays arabe à devoir assurer la présidence de l’agence de l’ONU chargée de l’assistance aux réfugiés palestiniens (UNRWA) à partir du mois de juillet prochain – a dénoncé «l’agression» contre la flottille et qui, selon le Conseil des ministres, «reflète les agissements inhumains d’Israël qui défie ostensiblement le monde entier et le droit international». «Flottille de la liberté»: un complot contre l’intiative arabe de paix Mais alors que la plupart des capitales arabes sont le théâtre de manifestations populaires contre l’attaque du convoi d’aide humanitaire aux habitants de Gaza – avec désormais en vedette arabo-musulmane le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan – des journalistes pro-gouvernementaux saoudiens se relayent depuis début juin pour qualifier, en termes plus ou moins voilés, la «flottille de la liberté» de «conspiration contre l’initiative arabe de paix» lancée en 2002 sous les auspices du roi Abdallah d’Arabie saoudite. «Les extrémistes dans la région cherchent à saboter les négociations de paix et à faire avorter le projet de (Barak) Obama», écrivait ainsi Abdel Rahman Al-Rached, dans sa tribune libre dans Al-Charq Al-Awsat, au lendemain du raid israélien contre la «flottille de la liberté» organisée, selon lui, à l'initiative du «camp iranien». «Les événements ont confirmé que les extrémismes ont une capacité extraordinaire de galvaniser les foules par des joutes verbales pour imposer leurs desseins politiques. Ils vont embarrasser les Etats modérés et permettre au camp iranien de s’imposer dans la région et d’atteindre ses objectifs qui ne sont, certes pas, la libération de la Palestine ou la confrontation avec Israël», écrivait-il encore. Plus récemment, il revient à la charge pour dire que les Turcs ont désormais volé la vedette à l’Iran «avec leur flottille et leurs discours qui ont compensé les longues frustrations des Arabes. En brandissant la bannière palestinienne, les Turcs pourront espérer au moins accroître leur valeur politique, en paticulier face aux atermoiements de l’Europe» quant à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Des critiques quasi-similaires ont été formulées par son confrère d’Al-Hayat, Daoud Al-Charayan, qui a notamment admis que «la Turquie a gagné la rue arabe par des discours enflammés, des propos gratuits, des slogans creux et une propagande politique». Ces critiques ont gagné plus d'ampleur depuis l’approbation par le parlement koweitien d’une recommandation visant au retrait de cet émirat de l'initiative arabe de paix. La voix des «opprimés» Ces propos ont toutefois suscité de vives récriminations de la part des «défenseurs du peuple palestinien opprimé et des personnalités nobles et généreuses qui sont venues des quatre coins du monde pour lui apporter de la nourriture et des médicaments et des jouets pour les enfants », comme le rappelle sur la Toile l’un des détracteurs d’Al-Rached. Mais certains parmi les centaines d’internautes qui se sont exprimés sur le web se sont demandés pourquoi il n’y avait pas un seul Saoudien parmi les volontaires du premier convoi humanitaire. «Ne sommes-nous pas concenés par les souffrances de nos frères ? », « Sommes-nous des inhumains ou des lâches ? » «Sommes-nous isolés du reste du monde ?», s’interrogent les uns et les autres. Néanmoins, plusieurs oulémas et prédicateurs saoudiens, à l’instar de dizaines de leurs confrères musulmans, ont vivement dénoncé «l’ennemi sioniste». Certains --comme cheikh Salmane Al-Awda, qui supervise le site «Islam Today» -- ont appelé les dirigeants arabes à «cesser les négociations avec l’ennemi sioniste», au point mort depuis fin 2008. La «Flottille de la liberté»: une aubaine pour le «Mira» Malgré l’appel de l'ouléma charismatique, cheikh Youssef al-Qardaoui -- un musulman sunnite qatariote d'origine égyptienne qui préside l'Union Internationale des Savants Musulmans (oulémas) -- à tous les musulmans à manifester vendredi 4 juin (baptisé «jour le colère populaire islamique contre l’ennemi sioniste et de soutien à la population de Gaza»), la prière collective s’est déroulée dans le royaume saoudien comme d’habitude … ou presque. L’attaque contre la «flottille de la Liberté» a en effet apporté de l’eau au moulin du principal chef de l’opposition saoudienne en exil à Londres, Saad al-Faqih, qui dirige le «Mouvement islamique pour la Réforme en Arabie (MIRA)». Une fois encore, l'opposant saoudien a appelé ses partisans à se rendre en masse vers des mosquées désignées à travers le pays pour prier et ensuite protester comme leurs coreligionnaires. Selon lui, l’appel a été «largement suivi dans des mosquées à La Mecque et dans la province orientale», mais pas comme il le souhaitait dans le reste du pays où, a-t-il argué, les autorités avaient pris des mesures de sécurité inhabituelles. M. Faqih a pris l’habitude de commanditer depuis Londres des rassemblements dans des mosquées pour en découdre avec le régime saoudien qu’il accuse de tous les maux. Sur sa télévision satellitaire -- la seule télévision d'opposition sur la scène arabe -- M. Faqih s’étend chaque fois longuement sur les avantages de la mosquée en tant que lieu de protestation, notamment celui d’offrir un espace rassurant et sécurisant. En décembre 2008, en pleine opération militaire israélienne "Plomb durci" dans la bande de Gaza, il avait coordonné avec des membres de la société civile et des défenseurs des droits de l'Homme dans le royaume pour appeler ses partisans à exprimer leur soutien à leurs «frères palestiniens». Mais la manifestation avait été simplement interdite et une vingtaine d’activistes aussitôt arrêtés. Fait rarissime, en octobre 2003, M. Faqih avait réussi à organiser des rassemblements dans une dizaine de villes. Mais la police anti-émeute était intervenue énergiquement. Elle avait procédé à l'arrestation de "plusieurs dizaines" de fidèles... "Plusieurs centaines", avait alors rectifié le Mira. Comments (0)
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-- Par Habib TRABELSI -- 
