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| Craintes d’une « Irakisation » de l’Arabie |
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| Lundi, 18 Janvier 2010 12:21 | ||||
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L’offense faite par un prédicateur saoudien au grand dignitaire chiite irakien, l’Ayatollah Ali Sistani, a provoqué une vague de protestations, notamment en Iran et en Irak, mais aussi la crainte d’une montée en puissance des tensions interconfessionnelles en Arabie saoudite où de nombreux intellectuels agitent l’épouvantail d’une «Irakisation» du royaume, dominé par les sunnites qui s’inspirent du wahhabisme, une doctrine rigoriste de l’islam. Le prédicateur, Mohammed Al-Arifi, avait qualifié M. Sistani d’«hérétique » et de «dépravé», lors de la prière du vendredi, début janvier à Ryad. L’outrage a été vigoureusement dénoncé de la province orientale du royaume, à majorité chiite, jusqu’au Liban, en passant par l’Iran et l’Irak. Le Premier ministre irakien Nouri Al-Maliki s’en est même pris à l’establishment religieux saoudien alors que le président irakien, Jalal Talabani, a demandé au roi Abdallah ben Abdel Aziz, le chantre du dialogue interreligieux, d’intervenir auprès de ses oulémas pour les «mettre en garde contre les dangers des appels à la sédition et de l’incitation à la haine». Un autodafé virtuel Cette levée de boucliers n’a toutefois pas mis fin à l’animosité des fondamentalistes sunnites et à leurs attaques virulentes contre le Grand Ayatollah, via internet. Ainsi, «Loujainiyat», un site saoudien anti-chiite, a mis en ligne le 15 janvier une vidéo intitulée «toute la vérité sur Sistani», du Prophète Mahomet, ainsi que leur guerre contre les sunnites». L’enregistrement, de 10:53, évoque «un plan sur 50 ans visant à exporter la Révolution (iranienne), à déstabiliser les gouvernements des pays habités par des chiites et à semer la sédition dans les pays sunnites». «Ce film, le plus largement répandu, dénonce les visées iraniennes dans la région», souligne «Loujainiyat». Et l’Ayatollah Sistani, «cet Iranien qui habite à Najaf», est accusé de tous les maux, en particulier d’«avoir soutenu l’invasion américaine de l’Irak» et «l’incitation au génocide des sunnites» dans ce pays. Le procès s’achève sur un fond de brasier: des flammes géantes enveloppent une photo du haut dignitaire, à la barbe blanche et au turban noir, qui disparait dans un nuage de fumées. Le «suppôt de Sistani» Le chef religieux chiite saoudien, cheikh Hassan Al-Saffar, pourtant considéré comme un modéré, n’a pas été épargné par les fondamentalistes qui l’accusent sur «Loujainiyat», et sur «Al-Saha» d’ «allégeance à l’Iran». Un ouléma, cheikh Abderrahman ben Mohamed Al-Harfi, l’accuse même d’«être l’un des agents de Sistani, auquel il est inféodé et obéissant et dont il tire sa légitimité et son statut social, en contrepartie de millions de riyals par an». Cheikh Saffar avait vivement condamné les propos de cheikh Arifi, et estimé que «le moment est venu de poser le problème de la discrimination sectaire dans le royaume", dans une conférence dans la province de Qatif. Dans son prèche du vendredi, cheikh Arifi avait également appelé à la démolition des églises dans les pays musulmans et s’en était pris aux chiites saoudiens, estimant que «n’eût été la vigilance des services de sécurité, les Saoudiens en auraenit vu de toutes les couleurs». Le Conseiller au Diwan (Palais royal saoudien), cheikh Abdel Mohsen Obeikan, devait intervenir, via la chaine de télévision satellitaire Al-Arabiya, basée à Dubai et contrôlée par des capitaux saoudiens, pour préciser que «les propos de Arifi ne représentent pas l'opinion du gouvernement» saoudien. "Dialogue national" compromis En réponse à cheikh Arifi, un religieux chiite saoudien, Sayed Mounir Al-Khabbaz, a néanmoins menacé de boycottage des rencontres sur le «Dialogue national», instaurées depuis 2003 et auxquelles participent diverses personnalités, y compris des figures de la communauté chiite. Dans un communiqué sur son site électronique, il a posé comme condition «la promulgation d’une loi punissant ceux qui menacent l’unité nationale». La «Loi Fondamentale», instituée en 1992 par le roi Fahd, interdit le sectarisme et stipule l’égalité des citoyens en droits et en devoirs. Mais les chiites saoudiens -- qui représentent environ 10% de la population autochtone, estimée à quelque 20 millions d’habitants -- affirment souffrir de discriminations, en particulier l’interdiction d’accès aux postes politiques clés, aux postes militaires, diplomatiques et de sécurité, ainsi que d’exercer leurs rites religieux et leurs activités culturelles. Le gouvernement saoudien assure toutefois que les chiites jouissent de tous leurs droits. Pour ne pas jeter de l’huile sur le feu, les autorités locales à Jizane (sud-ouest) ont annulé, mi-janvier, un colloque sur les croyances des chiites, auquel avait appelé un organisme dépendant du ministère des Affaires religieuses et dont le thème avait suscité une vague de protestations sur des sites internet. Gare au confessionnalisme politique ! Autre geste de bonne volonté: plusieurs écrivains et journalistes sont partis en guerre contre le sectarisme qui, selon eux, risque de plonger le royaume dans un cycle de violences confessionnelles, à l’instar de l’Irak, qu’ils citent à l’envi. «Nous vivons aujourd’hui dans une atmosphère empoisonnée de sectarisme», écrivait le 17 janvier Turki Al-Dakhil dans le quotidien Al-Watan. «Si nous cédons devant le confessionnalisme rampant, qui est attisé par des forces régionales qui se nourrissent essentiellement du racisme, de l’ethnocentrisme et du sectarisme, si nous ne prenons pas conscience de l’ampleur de la catastrophe, si les sages parmi les deux communautés n’interviennent pas pour éteindre ce feu, notre patrie, cette tente qui nous abrite tous, s’embrasera de la même ampleur que l’embrasement en Irak ! », écrivait-il sous le titre éloquent « les chiites aussi sont saoudiens !». Le même jour, son confrère Ali Saad Al-Moussa écrivait dans Al-Watan, sous le titre «une analyse à froid des bombes incendiaires de Arifi», que « certains discours sont plus dangereux que les bombes » et que «la diffamation sectaire est un jeu avec le feu autrement plus dangereux». «Est-ce que les discours politiques incendiaires ont pu mettre fin aux massacres quotidiens aveugles dans les rues de Bagdad ou d’Islamabad ? Est ce que ces discours ont rayé de l’existence une ethnie ou une communauté ? Notre objectif est-il que Bagdad ou Islamabad servent de modèles pour Riyad, Al-Ahsa, Abha ou à Médine? ", s’est-il interrogé. Le ver est dans le fruit D’autres écrivains ont imputé la responsabilité de la haine confessionnelle à des institutions officielles, notamment religieuses et éducationnelles. «Les propos de cheikh Arifi sont révélateurs de l’inconscient collectif. N’est-ce pas la conséquence naturelle d’une superstructure socio-politique dominante, enracinée et véhiculée par des institutions gouvernementales, comme l’enseignement ou la justice ? Ces propos ne sont-ils pas l’expression sincère de l’idéologie adoptée par l’Etat ? », écrivait ainsi Nazir Majed dans un aticle fleuve publié par «Rasid», intitulé «Au-delà des propos de Arifi». «Le takfir (le fait de jeter l’anathème sur un musulman et de le traiter de mécréant) prononcé par Arifi (contre Sistani) est en adéquation avec les propos de cheikh Lahidane qui avait promulgué une fatwa appelant au meurtre des propriétaires de chaînes de télévision satellitaires» qui, selon lui, «propagent la dépravation et la luxure», a estimé Nazir Majed. Cheikh Saleh Lahidane, alors président du Haut Conseil de la Justice et membre du Comité des Grands oulémas, avait été limogé en février 2009 par le roi Abdallah, fermement engagé dans le dialogue interreligieux, dans le cadre d’un important remaniement de son gouvernement. Et Majid de conclure que «même s'il existe une volonté politique sérieuse pour freiner les tendances takfiristes, elle demeurera incomplète et inefficace tant que le l'enseignement sectaire aura une place prépondérante dans les programmes et les établissements scolaires ». Ahmed Chihab souligne quant à lui «la nécessité de propager la culture de la tolérance dans les salles de classe, les institutions religieuses et civiques et dans les médias officiels». «Ces médias semblent emprunter une voie sectaire, dans la mesure où ils s’intéressent à une seule école de jurisprudence et font fi des autres», a-t-il déploré dans un article publé par le site «Awan». En avril dernier, le ministre de l’Intérieur et homme fort du régime, le prince Nayef ben Abdel Aziz, avait évoqué «la solidité et la profondeur des relations entre la direction et les citoyens, indépendamment de leurs confessions» religieuses, soit sept, dont quatre écoles sunnites (hanbalite, malékite, hanéfite, chafiite) et trois chiites (chiisme duodécimal, Ismaïlisme et Zaydisme). Comments (1)
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a guest
said:
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-- Par Habib TRABELSI --
